[Aller au menu]

S’engager, c’est vivre !

S’ouvrir aux autres et donner de soi-même à l’autre bout de la planète : Camille Huchon et Aurélien Chanteloup l’ont fait. Pourtant, ils n’ont que 21 ans. Leur engagement fait voler en éclat tout discours caricatural sur les jeunes, qui les réduit à une génération consumériste et individualiste. 

L’optimisme, la vitalité et la capacité de Camille Huchon et Aurélien Chanteloup à se donner les moyens de concrétiser leurs espoirs pour d’autres sont frappants. Pour cela, ils n’hésitent pas à payer de leur personne. Tous d’eux ne sont pas emprunts d’une espèce de générosité charitable, mais d’une vraie implication d’eux-mêmes. L’expérience qu’ils ont vécue nous donne à tous une sacrée leçon : s’engager, être ensemble, défendre les mêmes causes, c’est vivre. Tout simplement.

En terre inconnue

Les deux jeunes allonnais sont étudiants en management. L'envie d'être utile aux autres et de donner d’eux-mêmes les ont amené à faire le choix de partir onze semaines en mission humanitaire, au bout du monde. Depuis bien longtemps, pour Camille, l'Inde est un pays qui la passionne, et, par dessus tout, qui l’intrigue. Pour Aurélien, c’est l’Amérique latine et, plus précisément, le Pérou. C’est dans le cadre de leurs études qu’ils ont pu concrétiser leur projet solidaire, visant à la construction d’une école en Inde, d’un collège et apporter du soutien scolaire au Pérou.

Séjourner en terre inconnue, se couper de sa famille et vivre dans des conditions de confort précaires, pendant un temps certain, pour apporter son aide à des populations qui en ont besoin, ne s’improvise pas. Au-delà d’être empli de fortes convictions de partage, il est indispensable d’avoir une maturité certaine.

Pour Camille, l’engagement humanitaire n’est pas une découverte. À seize ans déjà, elle participe au Sénégal au projet du footballeur Patrick Vieira visant à faire découvrir le football aux jeunes et à acheminer des fournitures scolaires dans des écoles du pays. Un peu plus tard, étudiante, elle contribue à l’accueil des sans-abris en période de grand froid dans un centre d’hébergement de la Croix rouge à Angers. Aurélien, quant à lui, ne connaissait « rien de la vie », comme il l’avoue modestement. Tout allait être nouveau pour lui. Il n’avait jamais voyagé dans un pays en voie de développement, ni vécu en communauté, et encore moins fait de l’humanitaire.

Préparer la mission

Et tous les deux, n’ont pas été déçus par l’expérience qu’ils ont vécue. « Celle-ci nous a bouleversé et changé à tout jamais », analysent-ils de concert. « On en est ressorti grandi », ajoute Aurélien.

Tout d’abord, avant leur départ, il leur a fallu, pendant neuf mois, préparer leur mission. Cela est passé tout d’abord par la composition de deux équipes d’étudiants motivés, une dizaine dans chacune d’elles, puis le choix d’une association. Pour Camille et son groupe, ce fut Soleil indien*, et pour Aurélien et ses camarades, Lama’titude*.

Au-delà de la force de travail qu’ils allaient apporter, les étudiants devaient aussi financer l’achat des matières premières. Pendant des semaines, ils collectèrent des fonds, en organisant des soirées, vendant de l’artisanat local, démarchant entreprises et collectivités. En tout, ils parvinrent à collecter 34.000 €. La ville d’Allonnes apporta son soutien à hauteur de 1.600 €, dans le cadre de son dispositif d’aide aux projets des 12/25 ans. Pour le coût de leur voyage, ils purent bénéficier d’une aide individuelle « stage d’études », accordée par la région Pays-de-la-Loire.

Une véritable gifle

Sur place, malgré la longue préparation de leur aventure, nos deux jeunes humanitaires prennent « une véritable gifle ». En effet, ils n’oublieront jamais leurs premières heures en Inde et au Pérou : les paysages, la vie, la population, les habitations, tout est différent de notre monde occidental. « J'ai vraiment eu à ce moment-là l'impression d'être dans un autre monde, c'était une sensation merveilleuse, mais à la fois étonnante et parfois choquante, quand on est affronté à une telle pauvreté », confie Camille.

Après plusieurs heures de route, arrivés enfin sur leurs chantiers respectifs, où ils passeront plus de deux mois, ils reçoivent un accueil très chaleureux de la part des villageois. Ils découvrent aussi leurs conditions d’hébergement, très rudimentaires. « C’était Pékin express », résume Aurélien. « Il n’y avait pas d’eau courante, pas d’électricité, on dormait par terre sur des nattes dans une pièce commune », raconte la jeune femme, tout en précisant que « ça a été finalement bien accepté par le groupe, on était tellement motivé ».

Des moments magiques

Leur séjour n’étant pas d’agrément, six jours par semaines, ils travailleront dur, très dur, et ce avec très peu d’outils. Il leur faut creuser des fondations, transporter des tonnes de pierre, faire de la maisonnerie, bâtir des murs... « On ne pensait pas que ça allait être aussi physique. Personne n’y connaissait rien, désormais nous sommes devenus de vrais petits maçons ». Et leur objectif, ils  l’atteindront avec brio : une salle de classe et des sanitaires pour Camille, une salle de classe et un escalier pour Aurélien.    

Le contact avec la population, il sera plus intense pour Aurélien, ses journées de mission se partageant entre chantier de construction, soutien scolaire et animation auprès d’orphelins. « J'ai passé des moments magnifiques avec eux, que je n'oublierai jamais. Ces enfants ont tellement à donner. Quel plaisir ce fut d'apprendre avec eux, de partager leur culture, d'être totalement immergé dans un monde qui n'était pas le mien ! »

Une fois leurs chantiers aboutis, les deux Allonnais s’accorderont un peu de temps pour faire du tourisme. En globetrotteurs, sans guide donc, ils prennent les transports locaux et partent pour de nouvelles aventures. Pour Camille, c’est une nouvelle immersion dans l’Inde magique, sa population très attachante, les couleurs éclatantes des saris, les odeurs enivrantes, les palais et forteresses dignes des Mille et Une nuits. C’est aussi un nouveau choc : le violent contraste entre les riches et les pauvres, les bidonvilles à perte de vue, les trottoirs jonchés, la nuit tombée, de personnes qui dorment. « On se dit à moment là qu’on a de la chance d’avoir un toit », confie-t-elle.

Relativiser beaucoup de choses

D’une telle aventure, on ne revient pas indemne. « Le retour en France a été très dur », nous disent-ils. « Tout me paraissait fade », raconte Camille. Pour Aurélien, au début, « entendre les gens se plaindre pour un rien, ça m’était insupportable, j’avais envie de leur crier : « Arrêtez, vous avez de l’eau chaude, de l’électricité, un toit ! » Ils ont appris donc à relativiser beaucoup de choses. Ils ont acquit aussi de l’assurance en eux, ils savent « mieux gérer les relations aux autres et le savoir vivre ensemble », analyse Camille. Même si la philosophie de vie occidentale a repris un peu de dessus sur eux, ils continuent à résister à « ne pas vivre pleinement dans le moule qui vise à exister que par ce qu’on possède », confie Aurélien.

Quand on leur demande s’ils sont prêts à repartir, sans hésitation, ils nous répondent par l’affirmative. « Malheureusement, ce qui pèche, c’est le temps. À notre âge, il nous faut concilier la fin des études, puis trouver du travail, mener des projets de vie».

« Ne surtout pas renoncer parce qu’on est jeune »

Mais, ils sont catégoriques, quand à la continuité de leur engagement solidaire en France, sous une forme ou une autre. Et c’est un message allant dans ce sens qu’il lance, sans prétention aucune, à tous les jeunes.

Pour Camille, « dire bonjour, donner un coup de main à ses voisins, sont des petits gestes qui ne demandent pas un grand engagement, mais qui font tant plaisir. On peut aussi s’engager pour sa ville dans un projet local qui procure tout autant de bonheur pour soi que pour les autres. Le bénévolat est une expérience qui vous changera en profondeur. Il faut se bouger, il y a un tas d’associations... ». Aurélien ajoute : « Quand on est jeune, on a souvent tendance, à avoir une vision égocentrée et étriquée. Au contraire, il ne faut pas hésiter à s’ouvrir aux autres et à partager. Ça ne peut que nous apporter du plus, nous faire grandir, nous servir tout au long de notre vie ».

Et tous les deux de conclure : « Même si on est jeune, même si les objectifs peuvent paraître insurmontables, comme ce que nous avons ressenti au commencement de nos projets, on peut prendre la vie par les cornes et ne pas attendre que les choses viennent vers nous. Ne surtout pas renoncer parce qu’on est jeune, ne pas se dire « c’est impossible ».

EN SAVOIR PLUS SUR :

Soleil indien
Lama’titude

Ajouter un commentaire

Les champs précédés de * sont obligatoires.

Le test suivant nous permet de vérifier que vous êtes bien une personne et non un automate. Renseignez le résultat de cette opération (par exemple, pour 1 + 3, renseignez 4).