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Allonnes dans l’horreur de la Guerre 1914-1918

Un immense charnier, des estropiés à vie et des champs de batailles sillonnés de tranchées, tel est le bilan d’une guerre suscitée par des intérêts impérialistes et un nationalisme belliqueux. 43 Allonnais y sacrifièrent leur vie, « morts pour la France ».

Derrière la vitre entrebâillée de la mairie, Louis Després, le maire d’Allonnes, jette un œil sur le ciel gris bleuté d’un été sarthois harassant. La confirmation vient d’arriver sur son bureau, en cette fin du mois d’août 1914. Juste une feuille, un nom griffonné. Il lit : Julien Piron, 2e classe d’infanterie, tué au combat le 25 août 1914, près de la petite ville de Virton, dans les Ardennes. Il s’agit du premier Allonnais mort pour la France. Quelques jours plus tard, les 13 et 24 septembre, deux autres enfants d’Allonnes tombent : Georges Quétier et François Voisin, des 115e et 117e régiments d’infanterie.

Louis Deprès affiche l’ordre de mobilisation

En quatre ans, la grande faucheuse emportera 43 fils du petit village d’Allonnes, tués au combat dans les batailles de la Marne et de la Somme.

Si vous consultez n’importe quel dictionnaire, il est écrit qu’à Sarajevo fut assassiné le 28 juin 1914 le prince héritier de l’empire austro-hongrois par un nationaliste serbe et que ce fut l’origine de la Guerre 14-18. Ce meurtre est donc l’amorce d’une guerre mondiale à l’issue de laquelle seront assassinés 9 millions de soldats. Sous oublier les civils, les blessés et les mutilés à vie. Il est aussi un autre attentat qui a permis au nationalisme de prendre les rênes du pouvoir en France, c’est l’assassinat de Jean Jaurès, le leader pacifiste, par un nationaliste. C’est donc la montée du nationalisme en Europe, alibi de l’impérialisme et de la finance, qui sert de déclencheur.

Dans le petit village d’Allonnes de 961 âmes, samedi 1er août 1914 à 4 heures de l’après-midi, après avoir fait sonner en tocsin les cloches de l’église, Louis Deprès affiche en mairie l’ordre de mobilisation générale des hommes sous les drapeaux et des réservistes.

Parallèlement, est donné l’ordre de réquisition des chevaux et mulets, auxiliaires de trait indispensables pour l’agriculture allonnaise. Nous sommes en pleine moisson. Les travaux agricoles ne peuvent s’interrompre. Dès lors, les femmes, les enfants et les aînés assumeront seuls les durs travaux des champs.

Une centaine de mobilisés se mettent en route

Dimanche 2 août, de la place de l’église, une centaine de mobilisés se mettent en route, afin de rejoindre leurs régiments au Mans, avant de monter dans les trains qui les acheminent vers le Front. Sur la plupart des wagons est écrit à la craie : «À Berlin ! ». Tous croient en une armée française qui saura reprendre rapidement aux Allemands l’Alsace et la Lorraine, perdues en 1870.

La plupart d’entre eux sont cultivateurs, comme Maurice Poirier, tombé à 21 ans à Beauséjour dans la Marne, le 16 octobre 1915. Sur le front, les paysans soldats découvrent une autre France agricole, celle des champs de batailles, où le sol est pulvérisé par les bombes, les chevaux sont éventrés, les hommes démembrés.

S’y trouvent aussi le boulanger d’Allonnes, Albert Lemeunier, le menuisier, Eugène Jamois, un domestique, Alexandre Fouqueray, un chasseur, Hippolyte Jodeau. Tous les quatre y laissèrent la vie.

Envoyés à l’abattoir

Dans les tranchées, les « poilus » allonnais se serrent les coudes avec des Français venus des quatre coins du pays, avec ceux qu’on appelait « les tirailleurs indigènes », venus des colonies, avec les Britaniques, Canadiens, Américains, Australiens, Sud Africains... En quatre ans, sur l’ensemble des fronts, du côté des Alliés, ce ne sont pas moins de 42 millions de soldats qui sont mobilisés. Pour les forces des empires centraux (Allemagne, empires austro-hongrois et ottoman), ils sont 23 millions. Tous sont envoyés à l’abattoir d’une guerre totale, au profit des marchands de canons.

Tous mènent des actes héroïques désespérés, à l’image d’Auguste Gasnier, « tué à l’ennemi », comme il est écrit dans le registre communal des décès. Pour ses faits de guerre, quelques jours avant son dernier souffle à Beauzée, dans la Meuse, le 9 août 1916, à l’âge de 26 ans, il avait été décoré de la Croix de guerre avec palme.

Aujourd’hui, un siècle après le début de celle qu’on appelle la Grande Guerre, il nous appartient de ne pas oublier tous les sacrifiés, ceux qui ne parvinrent pas à sortir de cet enfer, ceux à jamais meurtris, poilus de nouveau rivés à la charrue dès le lendemain de l’armistice, gueules cassées, gazés, orphelins et veuves jetés dans l’abandon, esprits déboussolés...

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