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le 03/10/2013

« Ne rien lâcher, toujours se relever »

Une enquête du Secours populaire confirme le risque « accru » de pauvreté des mères célibataires. Illustration avec le parcours d'une jeune maman allonnaise de trois enfants.

Elle dit qu'elle a appris à faire « comme Mac Gyver ». Se débrouiller, se bagarrer pour survivre. Laurence retrace son parcours dans la file d'attente des Restaurants du Cœur. À trente-trois ans, cette mère de trois enfants a déjà affronté bien des difficultés.

« Se bagarrer pour survivre »

 « J'ai toujours vécu avec peu. Pourtant, je ne me sens pas pauvre. La pauvreté est plutôt du côté des administrations. Elles passent leur temps à mettre des bâtons dans les roues pour rien. » Pas plus tard que la semaine dernière, la Caisse d'allocations familiales (Caf) lui réclamait 1 230 €... Une erreur finalement annulée, parce que la jeune femme « ne (se) laisse jamais faire ».

Laurence a connu les coups durs. Le premier à dix-sept ans, quand elle se retrouve sans domicile fixe pendant deux ans. Le deuxième, lorsque son compagnon la quitte. « La rupture a été un choc, je ne sortais plus de chez moi. La pile de courrier grandissait... Mais quand on a trois enfants, on ne peut se laisser aller », raconte-t-elle avec énergie. Puis, la jeune femme se reprend en main, négociant d'arrache-pied un échéancier pour les dettes que lui a laissées le père de ses enfants.

Ses garçons de cinq et six ans sont entrés en Cp et Ce1. Le petit dernier, âgé bientôt de deux ans, devrait rejoindre l'école l'année prochaine. Privée de congé parental et d'allocation chômage, cette jeune maman dispose d'à peine 1 000 € par mois, via un certain nombre de prestations sociales. C’est une équation quotidienne particulièrement difficile à tenir. Aussi, chaque mercredi, elle se rend aux Restaurants du cœur pour retirer l'aide alimentaire que distribuent les bénévoles de l'association.

« Ne surtout pas se décourager »

Des parcours comme Laurence, Jacqueline Jolivet et Patricia Darmanin, les animatrices du centre d'Allonnes des Restaurants du cœur, en côtoient quotidiennement. « Dans ce type de situation, il est toujours difficile de réfléchir à un projet professionnel. Il faut vraiment être une battante. Mais il ne faut surtout pas se décourager », analysent-elles. Après avoir travaillé trois ans dans l'hôtellerie-restauration, Laurence a fait plusieurs stages dans l'animation sociale, au sein d'une maison de retraite.

Dans son immeuble, elle prête attention à sa voisine, une dame âgée aux très faibles ressources, comme elle. Une fois son dernier en âge d'être scolarisé, elle s'engagera peut-être aux Restaurants du cœur, tout en continuant de rechercher activement du travail, nous confie-t-elle. « Quand je vois des gens en difficulté, je ressens les choses à leur place. Certains disent « chacun sa merde », mais je ne peux pas raisonner comme ça ».

« La souffrance s’estompe quand on travaille »

C’est pourquoi, elle se rend tous les jours chez sa voisine. « Je discute avec elle, je l’aide à faire le ménage et ses courses. Ça me fait reprendre confiance en moi. La souffrance s’estompe quand on travaille », remarque-t-elle.

Récemment, Laurence a postulé pour travailler dans une association. « Le problème, c’est qu’ils n’embauchent que des contrats aidés, destinés aux moins de vingt-six ans. » Être une femme, mère de trente-trois ans, cela ne correspond pas aux critères « sociaux » établis par les nombreux contrats subventionnés. Une raison supplémentaire de combattre l’injustice. De son parcours, Laurence aura tiré des enseignements. « Il ne faut rien lâcher, toujours se relever et aller de l’avant. »

Mère seule, facteur aggravant
L’enquête sur la pauvreté en France, récemment publiée par l’institut Ipsos et le Secours populaire, est alarmante. 59% des interrogés, représentatifs de la population française, déclarent être « sur le point de connaître une période de pauvreté » (contre 45% au cours de la précédente enquête, en 2007). Parmi les mères célibataires interrogées, une sur deux a déjà renoncé à certains soins médicaux faute de moyens. 45% ne parviennent pas à finir le mois sans être à découvert. Et 95% d’entre elles se disent inquiètes à propos de leur niveau de vie à la retraite.
En savoir plus : www.secourspopulaire.fr

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